Bibliographie évolutive

Depuis le démarrage de Liga, l’équipe identifie et travaille sur des sources et références, constituant progressivement le corpus du programme de recherche (essais, catalogues d’exposition, littérature, articles de revue, films, etc.) classé par domaines convoqués. Certains titres font l’objet d’une synthèse-commentaire rédigée par les étudiants. Le corpus est régulièrement étudié, utilisé dans le cadre de l’enseignement et des différents temps de restitution (balises de travail, expositions, émission de radios, conférences, etc.). Cette bibliographie-ci est amenée à poursuivre son évolution…

GENERIQUES

– Glen Albrecht, Les émotions de la terre, des nouveaux mots pour une nouveau monde, Les liens qui libèrent, 2021
– Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, Voyages en France, Le Seuil, 2011
– Rémi Bénos, Fabrice Argounès, David Blanchon, Le dictionnaire critique de l’Anthropocène, Ed. CNRS, 2020
– Deborah Bird Rose, Vers des humanités écologiques, Wildproject, 2019
– Dominique Bourg, Alain Kaufmann, Dominique Méda, L’Âge de la transition : en route pour la reconversion écologique, actes de colloque, Ed Les petits matins, 2016
– Rachel Carson, Printemps silencieux (1962), Wildproject, 2019
– Pierre Charbonnier, Abondance et liberté, Une histoire environnementale des idées politiques, La Découverte, 2020
– Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, 2005
– Philippe Descola, L’écologie des autres, l’anthropologie et la question de la nature, éditions Quae
– Donna Haraway, Vivre avec le trouble, ed. Dehors, 2019
– Jean Gadrey, Adieu la croissance, bien vivre dans un monde solidaire, Ed. Les petits matins, 2016
– André Gorz, Ecologica, Ed. Galilée, 2008
– Sophie Gosselin & David gé Bartoli, Le toucher du monde, techniques du naturer, éd. Dehors, 2019
– Ivan Illich, La convivialité, Seuil 1973
– Naomi Klein, Plan b pour la planète : le new deal vert, Actes Sud, 2019
– Catherine Larrère & Raphaël Larrère, Penser agir avec la nature, Une enquête philosophique, La Découverte, 2015
– Bruno Latour, Politiques de la nature, comment faire entrer les sciences en démocratie, La Découverte, 1999
– Bruno Latour, Où atterrir, comment s’orienter en politique ?, La découverte, 2017
– Bernard Stiegler (dir.) avec le collectif Internation, Bifurquer. Il n’y a pas d’alternative, Les liens qui libèrent, 2020

RELATION AU(X) VIVANT(S)

– Valérie Cabanes, Homo natura, en harmonie avec le vivant, Buchet-Chastel, 2017

L’écosystème planétaire est un système complexe qui nécessite des règles d’équilibre précises et fragiles entre différents éléments. Beaucoup de nos actions ont amené les humains à nouer des relations hostiles avec d’autres éléments. Nous agissons contre les valeurs du principe d’interdépendance entre les vies. Valérie Cabanes, juriste en droit international et spécialisée dans les droits de l’homme, pense que nous créons des lois pour protéger “l’environnement” comme si l’écosystème Terre nous était extérieur, indépendant, comme si la santé de la planète ne conditionnait pas la nôtre. Nous nous imposons au mieux quelques devoirs à son égard, mais nous ne lui accordons aucun droit. L’auteur propose le droit de la nature à maintenir la vie sur terre comme un préalable à celui de l’humanité si elle veut perdurer. Elle insiste sur le besoin de tirer des enseignements sur la manière dont les peuples autochtones se pensent “appartenir” au territoire et non l’inverse. Bien qu’il existe déjà des lois pour protéger la “nature”, elles ne concernent que certaines espèces ou composants. Valérie Cabanes considère que les humains devraient réapprendre la capacité de communiquer avec toutes les entités, de considérer les formes de langage du système naturel, de réaliser la nécessité et l’interdépendance des uns et des autres, sans hiérarchie entre eux. Dans les modes de gouvernance écosystémiques, il faut reconnaître à l’écosystème Terre toute son importance dans notre système de valeurs. Pour vivre ensemble dans une société mondialisée, il est nécessaire de promouvoir le respect des droits intrinsèques des écosystèmes, au même titre que les cultures en présence et les droits humains. L’évolution de la législation internationale doit permettre une révision de nos règles communes, sur la base d’une remise en question du droit de propriété au profit de la notion d’usufruit partagé, de la personnalité juridique accordée aux entités non-humaines, d’une prise en compte du temps court humain en regard du temps long de la biosphère. W. T.

– Rachel Carson, Printemps silencieux (1962), Wildproject, 2019
– Valérie Chansigaud, Les Français et la nature, pourquoi si peu d’amour ?, Actes Sud, 2017
– Emmanuele Coccia, La Vie des plantes. Une métaphysique du mélange, Payot et Rivages, 2016
– Gilbert Cochet, Béatrice Krémer, L’Europe ré-ensauvagée, vers un nouveau monde, Actes Sud, 2020
– Gilbert Cochet, Stéphane Durand, Ré-ensauvageons la France : plaidoyer pour une nature sauvage et libre, Actes Sud, 2021
– Bruno David, A l’aube de la sixième extinction, Grasset, 2021

– Vinciane Despret, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019

Comment s’emparer du dessein d’un territoire animal ? La philosophe Vinciane Despret apprend à regarder autrement et à se « rendre sensible à des modes d’attention ». A partir d’une série d’hypothèses émises entre autres par des ornithologues, elle partage les manières de faire territoire. Le territoire se pense non pas en terme de propriété mais en terme d’usage. Il s’agit de regarder et entendre afin de créer une forme d’intimité avec l’oiseau. Comprendre le territoire des oiseaux relève d’une approche sensible. De fait, regarder leur territoire, c’est se détacher de ses croyances. Dire le territoire, c’est parler de la matière d’expression des habitants. Dessiner les territoires, c’est les répartir dans l’espace. Expliciter le territoire, c’est montrer simplement la complexité de ses activités sociales. Selon Vinciane Despret, l’espace se joue et se métamorphose par la présence ou non de ses habitants. “L’oiseau possède son territoire, parce qu’il est possédé par lui”, écrit-elle, relevant que la notion d’appropriation est marquée. Celle-ci est encore plus incarnée par la pratique du chant : “L’acte de territorialisation serait entre autres, un acte de musicalisation.” Il faut regarder le territoire comme un espace de négociation qui existe par sa divisibilité. L’art de cohabiter. Chanter, c’est faire territoire et c’est composer pour créer une musicalité sociale. La partition (partage) des oiseaux s’accorde par leurs chants et se divisent par leur espace en différents territoires. Au fil de la lecture, l’attachement naît. Écouter les oiseaux, c’est prêter à attention au silence d’un merle. M. P.

– Bruno Latour, Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres, La Découverte, 2021
– Kirckpatrick Sale, Le biorégionalisme, L’art d’habiter la terre, Wild Project 2020
– Edouardo Kohn, Comment pensent les forêts, vers une anthropologie au-delà de l’humain. Zones Sensibles, 2017
– Bernie Krause, Le grand orchestre animal, Flammarion, 2013
– Catherine Larrère avec Raphaël Larrère, Penser agir avec la nature, Une enquête philosophique, La Découverte, 2015 
– James Lovelock, La terre est un être vivant, l’hypothèse Gaia, Flammarion 2000 
– Michael Marder, La Pensée végétale, Les Presses du Réel, 2021
– Baptiste Morizot, Manières d’être vivant, Enquêtes sur la vie à travers nous, Actes sud, 2020

– Baptiste Morizot, Raviver les braises du vivant, un front commun, Actes sud, 2021

L’ouvrage du philosophe Baptiste Morizot est construit à partir d’une enquête de terrain, un échange avec différents interlocuteurs. Il observe les initiatives d’acquisition de parcelles forestières pour créer des réserves de vie sauvage, des forêts en libre évolution. Ces acquisitions sont importantes car elles représentent « des leviers d’action écologique » ; ces actions à petite échelle peuvent générer un mouvement de transformation profonde de notre société. Plutôt que développer une protection éco-paternaliste avec l’Homme comme gestionnaire, celui-ci doit engager et développer les outils régénératifs de la nature. L’auteur utilise la métaphore de la gestion d’un feu (vent, braise, combustible) propre à renouveler le vivant. Ainsi, les milieux n’ont pas besoin de nous pour exister. L’activité des travailleurs avec le vivant doit être vue en interaction et non en nécessité (gestion des forêts), en alliance et non en rapport de force entre les usages et le milieu (dépassement de la dualité). Pour faire front commun, les différents intermédiaires doivent mettre en partage une diplomatie avec le vivant et dans les dynamiques de milieux. Il faut aussi sortir de « l’argentivité » de la nature, d’une vision anthropocentrée, mais la soutenir avec conviction : « Il faut faire confiance au vivant ! ».Déconstruire les différents mythes de notre relation au vivant est important : l’improvement (une nature qui aurait besoin de l’homme pour exister), la sanctuarisation (la nature n’a pas besoin d’être mise sous cloche pour être sauvée). Ce n’est pas nous qui avons fait la nature mais elle qui nous a fait, il ne faut pas la recréer pour qu’elle se redéveloppe mais bien l’attiser comme un feu pour qu’elle reparte toute seule. Les vrais ennemis ne sont ni les producteurs, ni les protecteurs mais bien la logique d’exploitation capitaliste extractiviste. T. D.

– Arne Naess, Une écosophie pour la vie, Seuil, 2017
– Corinne Pelluchon, Jean-Philippe Pierron, Gérald Hess, Humains, animaux, nature, Quelle éthique des vertus pour le monde qui vient ?, Hermann, coll. Colloques Cerisy, 2020
– Jean-Philippe-Pierron, Je est un nous : Enquête philosophique sur nos interdépendances avec le vivant, Actes Sud, 2021               
– Matthias Rollot Matthias & Marin Schaffner, Qu’est-ce qu’une biorégion ? dessins d’Emmanuel Constant, Wildproject, 2021
– Christopher Stone, Les arbres doivent-ils pouvoir plaider ?, éd. Le Passager Clandestin, 2017

– Jacques Tassin, Penser comme un arbre, Odile Jacob, 2016

Le chercheur écologue Jacques Tassin propose de nous redécouvrir, de repenser nos modes de vie, de nous ré-enlacer au monde, en posant un nouveau regard sur la perception que nous avons des arbres. L’auteur, spécialiste des relations entre les humains et les plantes, commence par rappeler l’histoire de nos ancêtres arboricoles et l’héritage que ceux-ci ont légué à la fois physiquement mais aussi spirituellement : « Evoluer dans les arbres laisse des traces». Tassin encourage à penser comme un arbre et à la manière dont celui-ci habite son milieu. Sa relation au temps, sa manière de cohabiter avec le milieu, sa sensibilité, la façon dont l’arbre compose avec l’adversité. Ainsi l’arbre s’adapte constamment au monde et notamment à la présence de l’humain. « L’arbre s’ajuste même à notre existence, se recompose et s’insinue dans des espaces que nous avons pourtant bouleversés. » L’arbre croît et évolue d’une manière totalement différente de l’être humain ; « Il s’étend, se renouvelle, alterne des physionomies saisonnières, se redessine jour après jour ». La fascination de l’être humain pour la technologie l’éloigne parfois du monde réel, privilégiant les expériences sonores et visuelles illusoires. Il s’isole ainsi du reste du monde. Quant à l’arbre, sa posture est tout autre, il s’enracine, il se prolonge et se confond avec ce qui l’entoure, il est ouvert au monde. Au-delà de notre perception, de notre imaginaire lié au monde végétal, nous peinons encore à le reconnaître et à l’accepter tel qu’il est. Dans une écriture à la fois poétique, heureuse et optimiste, Tassin montre la place et la présence primordiale que l’arbre tient dans l’histoire du vivant, sa force à interagir avec son milieu. Les sociétés humaines ont eu plutôt tendance à assujettir et à maîtriser le monde selon leurs désirs. Prendre plus ample considération de la présence de l’arbre permettrait une ouverture, “reconnaître par-delà soi ce qui n’est pas nous-mêmes”, pour façonner avec les forces du vivant plutôt que de s’efforcer à les infléchir. E. F.

COMMUNS

– Benjamin Coriat, Le Retour des communs, la crise de l’idéologie propriétaire, Editions Les liens qui libèrent, 2015
– Pierre Dardot et Christian Laval, Commun, essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte Poche, 2014
– Sandra Laugier, Alexandre Gefen (dir.), Le pouvoir des liens faibles, CNRS éditions, 2020
– Elinor Ostrom, Le gouvernement des biens communs, Editions De Boeck, 2010
– Judith Rochfeld, Le dictionnaire des biens communs, PUF, 2017 
– Isabelle Stengers, Réactiver le sens commun, lecture de Whitehead en temps de débâcle, Les empêcheurs de tourner en rond, 2019
– Marin Schaffner , Un sol commun, lutter, habiter, penser, coll. Le Monde qui vient, Wildproject 2019
– Sarah Vanuxem, La propriété de la terre, coll. Le monde qui vient, Wildproject, 2018

FLEUVES, LOIRE

– Elisabeth Ayrault, Les leçons du Rhône que serions-nous sans les fleuves, Actes Sud, 2021
– Gaston Bachelard, L’eau et les rêves, essai sur l’imagination de la matière, Editions José Corti, 1942
– Sacha Bourgeois-Gironde, Être la rivière, PUF, 2020
– Collectif, Revue Relief tome 9, Fleuves, Reliefs Editions, 2019

– Collectif, Les veines de la terre, une anthropologie des bassins-versants, anthologie de textes, Ed. Wildproject, 2020

Le géographe libertaire Elisée Reclus, l’écoféministe Vandana Shiva, Le biorégionaliste Peter Berg ou encore l’ostréiculteur Hatakewama Shigeatsu sont quelques-uns des auteurs des quatorze extraits de textes ici réunis. Ils disent l’importance et les enjeux liés aux bassins versants, ces zones géographiques d’écoulement des eaux grâce aux rivières et aux fleuves, de la source à la mer en passant par tous les affluents. Ils composent une anthologie qui souligne combien ces fleuves, leurs affluents influencent nos sociétés humaines et nos manières d’habiter la terre. Elle est organisée en trois parties: géographies, imaginaires et politiques des bassins-versants. Partant du constat que leurs emprises dominent près de 80% de nos paysages, ces bassins-versants dessinent de nouvelles opportunités dans lesquelles il convient de s’immerger. C’est en cela que le concept de biorégionalisme (éco-région, géo-région et morpho-région inclus) prend tout son sens selon l’essayiste Kirkpatrick Sale. Ce livre propose de recentrer nos modes de vie à partir de cette réalité, pour plus de justice écologique, sociale, économique et spatiale. Cela induit de nombreux changements, comme reconsidérer nos modèles économiques dans une démarche plus locale, avec un intérêt plus prononcé pour les écosystèmes et une nouvelle forme de partage des territoires physiques et spirituels entre humains et non-humains. L’imaginaire convoqué autour de l’eau est mis en avant. Selon les époques et les continents, les bassins versants convoquent des imaginaires qui deviennent nos manières de penser. Le philosophe Gaston Bachelard l’évoque en décrivant les puissances évocatrices et les liens profonds que ces bassins versants de l’inconscient entretiennent avec nos rêves. Tandis que l’artiste Giuseppe Moretti montre que nos relations aux bassins-versants évoluent en même temps que les cultures dans lesquelles nous vivons. Enfin, ils engendrent des enjeux politiques. Étant des lieux de vie plus qu’humains, ils posent des questions fondamentales et méritent d’être reconsidérés, transformés en espaces stratégiques d’action citoyenne. Le penseur Peter Berg cherche ainsi des pistes politiques pour réancrer et réinventer des sociétés qui enclenchent des dynamiques de cohabitation avec le vivant. Cette anthologie est une introduction qui invite, grâce à des réflexions déjà anciennes et d’autres plus récentes, à penser et à lire autrement nos milieux de vie. Elle montre l’ancrage dans le temps long de ces questionnements désormais essentiels. J. D. S. G.

– Collectif, Paysages culturels du Val de Loire, Revue 303 et MDVL, 2020
– Ivan Illich, H2O : Les Eaux de l’oubli, Lieu commun, 1988
– Jason M. Kelly (dir.), Rivers of the Anthropocene, Oakland University of California Press, 2018
– Laurent Mazuy (cat. exp.), Sucre brun, sucre blanc : Histoire d’un négoce, Collégiale Saint-Pierre-le-Puellier, 2007
– Jean-Philippe Pierron (dir.), Écologie politique de l’eau. Rationalités, usages et imaginaires, Éditions Hermann – Coll. « Colloque de Cerisy », 2017
– Jean-Philippe Pierron, La Poétique de l’eau, Pour une nouvelle écologie, Editions Les Pérégrines, 2018
– Véronique Popinet , Portraits de Loire, récits d’un bord de fleuve, éditions Libel, 2019
– Camille de Toledo (dir.), Le fleuve qui voulait écrire, Les auditions du parlement de Loire, Editions Les Liens qui libèrent, 2021
– Pierre Rahbi, L’eau que nous sommes, un élément vital en péril, Presses Chatelet, 2018
– Elisée Reclus, Histoire d’un ruisseau, Babel, Actes Sud, 2005
– Revue 303, Croyances populaires et rites magiques, N°154, 2018
– Revue 303, Sauvage, N°153, 2018
– Revue 303, Affluents de la Loire, morceaux choisis, Hors-série N°130, 2014
– Revue 303, Val de Loire, Hors-série N°121, 2012
– Revue 303, Végétal, Hors-série N°103, 2008
– Revue 303, Au fil de l’eau, les affluents des Pays de la Loire, N°128, 2013
– Revue 303, Estuaire – le paysage, l’art et le fleuve, N°122, 2012

– Sylvain Rode, De l’aménagement au ménagement des cours d’eau : le bassin de la Loire, miroir de l’évolution des rapports entre aménagement fluvial et environnement, Cybergeo : European Journal of Geography, 2010, http://journals.openedition.org/cybergeo

Sylvain Rode est maître de conférences en aménagement de l’espace et urbanisme à l’Université de Perpignan. Cet article traite de l’évolution de l’aménagement du bassin de Loire, passé d’une gestion techniciste de l’eau jusque dans les années 1990 à une gestion plus environnementaliste. Cette nouvelle politique des cours d’eau s’essaie à être plus soucieuse de l’équilibre des milieux. Dans un premier temps, il analyse les grandes périodes d’aménagement des cours d’eau.  Elles se situent du Xe au XVe siècles par la construction de turcies (amas de rondins de bois et de terre) puis du XVIe au XIXe siècles par des levées (ouvrages plus hauts et maçonnés). L’objectif était de permettre la maîtrise des cours d’eau et de faciliter la navigation fluviale. Cette gestion techniciste a réduit le risque permanent d’inondation mais l’imperméabilisation des sols dû à l’urbanisation a progressivement augmenté la vulnérabilité face au danger des crues. En effet, les barrages construits au XXè siècle censés les écrêter, créent un faux sentiment de sécurité, mettant en lumière les  limites de ces aménagements lourds. De plus, ces grands ouvrages perturbent profondément les dynamiques biologiques comme la circulation de poissons migrateurs ou l’écoulement naturel des sédiments. A partir des années 1980, une prise de conscience fait émerger des mobilisations au sein de la société civile, qui parviennent à faire abandonner certains projets d’aménagement du bassin de Loire. Ainsi débute un changement de relations, passant de l’ère de l’aménagement à celle du ménagement. Les cours d’eau sont de plus en plus perçus comme des milieux à préserver et des paysages à valoriser. Les méthodes de gestion moins intrusives se concentrent désormais moins sur la seule gestion de l’eau que sur la prise en compte de dynamiques globales. La notion d’aménagements a donc été profondément redéfinie, même si la représentation des populations face aux risques (crues, sécheresses, biodiversité) reste un enjeu pour les temps à venir. A. F.

– Virginie Serna, Alain Gallicé, La rivière aménagée : entre héritage et modernité, AEstuaria N°7, Estuarium, 2000

PAYSAGE

– Jean-Christophe Bailly (dir.), Lire le paysage, Cahiers de l’école du paysage de Blois, n°10, Ed. la Villette, Paris 2012
– Anne Cauquelin, L’invention du paysage, PUF, 2000
– Gilles Clément, Le jardin en mouvement, Pandora, 1991
– Gilles Clément et Claude Eveno, Le jardin planétaire, L’Aube château Vallon, 1997
– Gilles Clément, Manifeste du tiers-paysage, Ed. Sujet Objet, 2004

– Gilles Clément, Où en est l’herbe ?, Actes Sud, 2006

Ce livre est un ensemble d’articles sélectionnés par Louisa Jones parmi des textes écrits entre 1985 et 2006. A travers sa pensée et ses projets, Gilles Clément questionne le regard porté sur notre planète, sa biodiversité et la fragilité/robustesse de ses espèces. Il interroge le rapport à la Terre et à la gestion des écosystèmes en proposant de nouveaux concepts, issus de ses observations. Le « jardin en mouvement » vise à accorder une place centrale à l’observation du jardinier ainsi qu’à limiter son action en laissant les espèces végétales se développer plus librement. Ce concept renvoie à une philosophie qui privilégie une coopération avec la nature en redéfinissant le rôle du jardinier pour le considérer comme un jardinier-naturaliste qui sait attendre et s’abstenir, tout autant qu’intervenir. Le « jardin planétaire » invite à percevoir notre planète comme un seul grand jardin arpentable mais fragile, pour lequel l’homme doit être attentif. La notion de « friche apprivoisée » tire son nom du déplacement physique des espèces sur un terrain. Ici, le but est de canaliser la concurrence entre les végétaux, mais sans la contrôler complètement, afin de laisser les espèces s’organiser, en utilisant les multiples interactions entre les énergies, la croissance, les déplacements et les échanges en perpétuelle évolution. Pour l’auteur, une opposition se crée lorsque l’action naturelle entropique, c’est-à-dire l’accroissement du désordre, se confronte à une action artificielle, « néguentropique ». Elle ne se situe pas entre croissance et décadence mais entre le vivant en flux et l’inerte immobilisé. Le “tiers-paysage” désigne l’ensemble des espaces qui, négligés ou inexploités par l’homme, présentent une richesse naturelle sur le plan de la biodiversité. Cette notion concerne les espaces de transition, friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de routes, rives, talus de voies ferrées, espaces verts. Le « tiers-paysage » n’exprime ainsi ni le pouvoir, ni la soumission au pouvoir. La pensée de Gilles Clément peut être résumée par cette maxime : « Faire le moins possible contre la nature et le plus possible avec. » Ayant lu cet ouvrage, le lecteur est amené à comprendre son titre ; l’herbe se porte bien et il est possible pour elle, si on la laisse tranquille, de se développer correctement. M. J.

– Gilles Clément, Manifeste du tiers paysage, éditions Sujet/objet, 2003 
– Michel Corajoud, Le paysage, c’est l’endroit où le ciel et la terre se touchent, Actes Sud/ENSP, 2010
– Collectif, Paysages culturels du Val de Loire, co-édition MDVL/Revue 303, 2020

ART, DESIGN, ARCHITECTURE

– Manola Antonioli, Vincent Jacques et Alain Milon, Paysages variations, autour du paysage comme variations artistiques, Editions Loco, 2014
– Frédérique Aït-Touati, Alexandra Arènes, Axelle Grégoire, Terra Forma, Editions B42, 2019
– Patrick Bouchain, Construire autrement, comment faire ?, Actes Sud, 2006
– Jean-François Chevrier, William Hayon, Paysages territoires, l’Ile-de- France comme métaphore, Editions parenthèses, Marseille, 2002 
– Jana Reverdin (dir.), Construire avec l’immatériel. Temps, usages, communautés, droit, climat… de nouvelles ressources pour l’architecture, coll. Manifesto, ed. Gallimard, 2018
– Collectif Rovo, Couleurs véritables, éditions P et centre d’art La Cuisine, 2017
– Collectif, Effondrement des Alpes, 1er journal, Editions ESAAA, 2021
– Constellation(s) (cat. exp.), habiter le monde, Arc-en-rêve, 2016
– Marie-Hélène Contal, Ré-enchanter le monde, éditions Manifesto, 2014

– Fabienne Denoual, Le designer de l’Anthropocène : vers une éthique de l’habitabilité élargie, Sciences du design N°11, Anthropocène et effondrement, 2020
– Alexandre Monnin, Laurence Allard, Ce que le design a fait à l’Anthropocène, ce que l’Anthropocène fait au design, Sciences du design N°11, Anthropocène et effondrement, 2020
– Victor Petit, L’éco-design : design de l’environnement ou design du milieu ?, Sciences du design N°2, Pratique set discours, 2015

Ces trois articles, publiés dans deux numéros thématiques de la revue Sciences du design, interrogent le rôle du designer dans l’ère de l’anthropocène, en confrontant les différents travaux de chercheurs et de praticiens qui ont réfléchi ou travaillent actuellement ces questions. Le philosophe Victor Petit compare deux types de positionnement : le “design de l’environnement” et le “design du milieu”. Richard Buckminster Fuller (1895-1983) architecte, considère que l’ingénierie permet d’éviter un effondrement de nos modes de vie. Selon son point de vue, il est possible d’avoir une croissance infinie dans un monde aux ressources finies. Ce positionnement anthropocentrique est insuffisant selon Victor Petit. En effet, la prise en compte de ces questions par le design ne se limite pas à des problèmes scientifiques mais s’élargit à des dimensions sociales et politiques telles que l’enseignent les designers Victor Papanek (1923-1998) et Thomas Maldonado (1922-2018). Il ne faut plus penser à des solutions globales mais être attentif à la singularité des milieux et des communautés qui les peuplent. Cette pensée rejoint le point de vue défendu dans leur article par Laurence Allard, sociologue et Alexandre Monnin, philosophe. Selon eux, le milieu humain doit être compris comme faisant partie d’un système plus vaste. Ils évoquent la création de nouvelles instances de gouvernances non-anthropocentriques. Le designer doit se considérer comme un acteur d’un réseau de communautés interconnectées comprenant les non-humains afin de rétablir un équilibre. Dans cette optique, l’article de la chercheuse Fabienne Denoual interroge le concept d’habitabilité. Celui-ci ne devrait pas concerner uniquement les humains mais s’élargir au reste du vivant. Le designer doit repositionner sa pratique dans une vision écosystémique et désanthropocentrée. Elle énonce les questions essentielles pour permettre d’identifier de nouvelles conditions au terme d’écologie. A travers plusieurs exemples, elle convoque l’habitabilité élargie dans la pratique du design, dans le but d’envisager les usages à l’échelle de l’ensemble des entités vivantes. A. F.


– Fernand Deroussen, Nicolas Vincent-Martin, Les bruits du ciel de Bourdeaux, collection Carte-sons, éditions Draw Draw, 2020
– Ludovic Duhem et Richard Pereira de Moura, Design des territoires, enseignement de la biorégion, Eterotopia, 2020
– Christian Dupavillon, La tente et le chapiteau, Norma éditions, Paris, 2004
– Matthieu Duperrex, Voyages en sol incertain. Enquêtes dans les deltas du Rhône et du Mississippi, Éditions Wildproject, 2019
– Emeline Eudes et Véronique Maire (dir.), La fabrique à éco-systèmes, design, territoire et innovation sociale, Editions Loco, 2018
– Maja & Reuben Fowkes, Rivers ecology : Contemporary Art and Environmental Humanities on the Danube, éd.Translocal Institute, 2015
– Kenneth Frampton, Wang Shu & Lu Wenyu, Amateur architecture studio, Lars Müller, 2017
– Pierre Frey, Learning from Vernacular, éditions Actes Sud, 2010
– Nicolas Gasco, David Génin, Les bruits du ciel de Pont de Barret, collection Carte-sons, éditions Draw Draw, 2014
– Karl-Heinz Götz, Dieter Hoor, Karl Möhler, Julius Natterer, Construire en Bois, choisir, concevoir, réaliser, éditions du Moniteur, Paris, 1983
– Kristof Guez, Pierre Janin, Rémi Janin, Alexis Pernet, Hugo Receveur, Clermont au loin, chronique péri-urbaine, Ed. Fudo, 2011
– Bernard Jacqué et Danièle Véron-Denise (dir.), Architecture et Textile : aménager l’espace, éditions Sépia, 2017
– Stephanie Lemoine & Vidal Benchimol, Vers un nouveau mode de ville, Ed Alternatives, 2013 
– Matière grise (cat. exp.), Pavillon de l’Arsenal, 2015
– Fiona Meadows, Habiter le campement, Nomades, voyageurs, contestataires, conquérants, infortunés, exilés,  Édition Actes Sud/Cité de l’architecture & du patrimoine, 2016
– Sandra Piesik (dir.), Habiter la planète, atlas mondial de l’architecture traditionnelle et vernaculaire, Flammarion, 2017
– Jana Revedin et Marie-Hélène Contal, Sustainable design III, IV et V, Ed Alternatives et Gallimard, 2014, 2016, 2017
– Revue ROSA B, Environnement et design, 5° numéro, CAPC/Ecole Supérieure d’art Bordeaux, http://www.rosab.net/
– Alessandro Rocca, Architecture naturelle, Actes Sud, 2007
– Ya+K, Produire le territoire autrement, YA+K et Maison de l’architecture en Normandie, 2017
– Estelle Zhong Mengual, L’art en commun – Réinventer les formes du collectif en contexte démocratique, Les Presses du réel, 2019
– Estelle Zhong Mengual, Apprendre à voir, le point de vue du vivant, Actes Sud, 2021

LITTERATURE   

– Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, Voyages en France, Le Seuil, 2011
– François Bon, Paysage fer, Ed Verdier, 2000
– Ralph Waldo Emerson, La Nature, Allia, 2014
– Jean Hegland, Dans la forêt, Editions Gallmeister, 2017
– Claudie Hunzinger, Les grands cerfs, Grasset, 2020
– Ursula Le Guin Kroeber, Le nom du mondes est forêt, Pocket, 1993
– Marielle Macé, Nos cabanes, Verdier, 2019
– Richard Powers, L’Arbre-Monde, éditions du Cherche Midi, 2018
– Henry David Thoreau, Marcher – une promenade en hiver, Les mots et le reste, 2013
– Henry David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois (1854), L’imaginaire Gallimard, 1990
– Camille de Toledo, L’inquiétude d’être au monde, Ed. Verdier, 2012

FILMS, VIDEOS, RADIOS

– Martine Abat et Annabelle Brouard, L’usage du fleuve en 4 épisodes : Le fleuve sauvage, Vivre au bord du fleuve, Le Fleuve se fâche, Au bout du Fleuve, série documentaire, France Culture, 2017
https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/lusage-du-fleuve-14-le-fleuve-sauvage-0 
– Céline Deransart et Alice Gaillard, Les diggers de San Francisco, 1998
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http://polau.org/incubations/les-auditions-du-parlement-de-loire/
– Eliza Lévy, Composer les mondes, sur la pensée de Philippe Descola, Amigos Ice Cream productions, 2022
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– Armin Linke, Alpi, based on a research project of Piero Zanini, Renato Rinaldi and Armin Linke, 2011
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– Dominique Marchais, La ligne de partage des eaux, Les films du losange, 2014
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– Claude-Julie Parisot, Le Rhône, la renaissance d’un fleuve, ARTE France, Cocottes Minute Productions, CNRS Images, 2013
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– Rogario Soares, Le silence du fleuve, produit par Annette Clarke et Bob Moore, 2019https://www.onf.ca/film/silence-du-fleuve/
– Adi Watter et Jérémie Bôle du Chaumont, Les Lanceurs d’alerte de la Loire, France Télévision & Beau comme une image, 2020
https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/emissions/les-documentaires-centre/documentaire-lanceurs-alerte-loire-film-choc-fleuve-sauvegarder-1881546.html