
Aller à la rencontre de l’eau, présente en surface ou de façon souterraine, en parcourant les berges, était notre intention première. Après un arpentage du terrain, les lignes de désirs se dessinant parmi les plantes et herbes hautes de l’été ont attiré notre attention. Ce besoin de proximité avec Loire et son affluent la Mauve nous semblait à portée de corps et nous les avons empruntées. En contrebas de la levée, l’intimité avec l’eau se fait ressentir, notamment par la perception d’un isolement acoustique, thermique et par la proximité avec ce milieu, une végétation dense composée entre autres de ronces communes, roseaux…


Nous avons imaginé un accompagnement vers la descente de cette levée qui surplombe la confluence, grâce à un ensemble de dispositifs saisonniers et réversibles, éclatés sur le site : «Les nappes». Inspirés par les traditions des mariniers de Loire en faisant directement le lien entre flux terrestres et fluviaux, nous avons décidé d’en utiliser différents codes : l’usage de la drisse et des différentes manières de la nouer, les techniques d’amarrages, de pontons…

Deux plateformes “d’amarrage”, positionnées au nord et au sud du site, permettent de faire signe et d’inviter les usagers cyclistes et piétons à la pause. Ils peuvent s’asseoir en direction de la rivière et du fleuve, avant d’engager une descente facilitée par la présence d’une drisse. Le long des lignes de désirs, ils pourront découvrir des “nappes” qui pointent des zones identifiées et offrent des possibilités d’assises ou de temps d’arrêts prolongés. Elles invitent à observer le milieu et ses spécificités. Le terme de “nappe” fait référence tant à la nappe de Beauce qui donne naissance aux Mauves qu’à la nappe d’accompagnement du fleuve, cette couche invisible et omniprésente sous nos pieds, qui suit et soutient, dans un échange permanent, le cours de Loire.

Les nappes « articulées » posées au pied de la levée sont composées de planches de chêne articulées par un maillage de corde, convoquant des techniques liées au crochet ou au tricot. Ces nappes utilisent la pente afin de mettre le corps en tension avec la descente, en relation avec la densité de la végétation, l’irrégularité du sol. Elles offrent aussi des vues plus dégagées du site.
La nappe “baderne”, composée de corde nouée, emprunte la technique du crochet. Elle est posée sur un amoncellement de roches permettant de limiter l’érosion de la berge, le flux du fleuve pouvant être fort sur cette section. Ainsi, la nappe adoucit les parties saillantes des roches et définit une zone d’assise.
Deux autres dispositifs imaginés en esquisse, n’ont pas été développés en production. Les nappes «ponton», composées de planches et de drisses tenues par un système de claies, permettent aux canoës d’amarrer directement sur la rive. La nappe « roseaux », disposée face à la confluence, est un assemblage de fagots liés à partir de roseaux fauchés sur le site. Elle crée une surface plane qui s’articule en fonction de la topographie de la berge.

A l’issue d’une phase de recherche en dessins, maquettes, tests des emprises envisagées in situ, plans techniques, les étudiants ont produit les dispositifs lors d’un workshop encadré par Aymeric Vercier, designer et menuisier, accompagné de Joris Christolomme, responsable de l’atelier bois à l’EDAD Orléans. Ce temps de production d’une semaine a permis de maîtriser le travail du bois à partir des planches bruts jusqu’au type de finition souhaitée, de réaliser une maquette échelle 1 de synthèse des fonctionnalités de la plateforme imaginée, de mettre en oeuvre le travail de la corde.













